le blog collectif des rédacteurs du cargo!

Celui qui avait deux chapeaux

Enregistré dans : en images — micky à 3:00, le Dimanche 20 août 2006

ou Jack The Ripper sous un autre angle au festival indétendances à Paris, le 29/07/2006

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plus dans la section photos du Cargo!

Celui avec la poule, l’oeuf et le poids du monde

Enregistré dans : en musique — micky à 1:44, le Jeudi 17 août 2006

ou Ladytron, the witching hour

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Il y a ce moment de prescience, ce moment où l’on sait ce qui va arriver, le poids de l’inéluctable qui s’écoule le long de vers trop souvent écoutés, chantés, invoqués et finalement vécus. Et il n’y a généralement pas de joie là-dedans, ce n’est pas Peter Parker qui découvre ses pouvoirs, c’est la fatalité façon tonneau des danaïdes. On se regarde de l’extérieur vivre ce qu’on a prédit, on regarde les mots qu’on connait par coeur s’emplir de sens jusqu’à l’explosion. Le cerveau sur le mur et la maigre satisfaction d’enfin réaliser le signification profonde des mots.

Et on soigne le mal par le mal, encore plus de chansons tristes où l’on se retrouve, d’autres vers qui deviennent ce qu’on a vécu, appelés à devenir des souvenirs aussi intenses que la réalité.

Tout ça m’est venu le jour où j’ai réalisé que je vivais exactement une histoire que j’avais dessinée et alors je me suis demandé si l’inverse fonctionnait, si écrire des histoires heureuses aurait une force analogique sur le réel. Sauf que je ne sais pas écrire des histoires heureuses donc je me pose toujours cette question : et si le remède n’était pas en fait la cause de tous nos maux?

Oui je sais que je cite Homer Simpson, mais quand même… Et si ces chansons-absinthe étaient la cause et non la conséquence. Si on avait le pouvoir de refuser le chemin qu’on ne connait que déjà trop bien. Et si l’on enfermait soigneusement dans un coin de son coeur nos chansons tristes préférées, qu’on les gardait pour plus tard, pour se sentir toujours en vie. et si l’on donnait la clé à un poisson-chirurgien amnésique nommé Dory.

Et puis alors on se mettrait un disque de Ladytron, on se laisserait envahir par la rythmique ultra simple mais terriblement efficace de high rise, ce larsen qui enfle dont on ne sait pas bien s’il s’agit d’une guitare ou d’un synthé, la basse entêtante et la voix noyée de reverb qui dit surement quelque chose mais en fait on s’en fout (pour l’instant), on laisse les sensations se faire marteler jusqu’à être complètement anesthésiées de rythmes binaires bêtes et méchants, de filtres qui grondent et toujours cette voix sexy mais quelque part un peu glaciale qui colle parfaitement à l’image d’Helen, l’une des deux chanteuse de Ladytron.

Et si ca ne suffit pas, on continue avec Destroy Everything You Touch, la boite à rythme qui pillone bass drum - snare jusqu’à l’oubli, le rythme le plus simple qui soit, les séquences typiquement Dance, des lignes de chant limpides, reprises à l’infini et si possible jusqu’à la trance

Et puis c’est la descente, The International Date Line, là encore on part sur un beat tout simple, une petite ligne de basse, c’est calme alors on écoute les paroles et c’est complètement flippé, le sang coule sur les murs et puis y a une petite mélodie de guitare dont le tremolo vient vous fendre le coeur. Let’s end it here. The international dateline ou une ligne imaginaire qui définit le moment où l’on change de jour. Let’s end it here. Ah non, on n’est qu’à la piste 3, oublions les paroles et concentrons nous sur Helen, ces jolies petites bottes noires qu’elle a en concert.

Et puis ouf voilà amtv, quelque chose d’un peu plus léger, encore que… les paroles le sont pas tellement mais les lignes de chant rendent ça plutôt rigolo. Et ca continue dans le même esprit pendant tout l’album, avec un ou deux morceaux dont on aurait pu se passer mais l’essentiel est assuré à vrai dire dès les 3 premiers titres et ce Witching Hour que j’avais trouvé juste bon au début est en train de devenir un des mes disques préférés.

Bon demain on monte en puissance et je vous parle du good feeling de Travis, de la profondeur difficile à saisir d’un refrain tel que ‘nananana nana nana‘, de la beauté assez sublime de ces paroles : ’cause your head is a brickwall and you heart is a football and your eyes broken windows, when you cry it’s a good day to die’.

Comment ça non?

Ah bah si c’est comme ça je vous dirai pas si ça soulage du poids du monde d’inverser la poule et l’oeuf.

Celui qui annonçait la fin

Enregistré dans : en images — micky à 23:24, le Lundi 7 août 2006

ou Venus au Festival Intétendances à Paris Plage, le 29/07/2006

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“My eyes scan your faces
And you immerse yourself
Into my fear and deeply
I know you’ll drive me crazy”
(Venus, kallenovsky)

Si vous cherchez les tops 2003 du cargo, vous verrez qu’il n’y a qu’une seule chanson dans mon top morceaux et elle s’appelle Kallenovsky. Si vous allez sur mon vieux blog, vous verrez au moins trois fois la même phrase tirée de Happiness, la piste d’ouverture de Vertigone. Et le plus beau compliment qu’on ait pu me faire sur la musique de staircase c’est de lui reconnaître une filiation avec Venus. Il y des albums-phoenix qui vous accompagnent à chaque fois que vous vous sentez détruits, écrasés, et puis que finalement vous renaissez. Comme le Electroshock blues de Eels qui passe de la douleur infinie d’Elizabeth on the bathroom floor (”My name’s Elizabeth, my life is shit and piss”) à l’optimisme fragile mais revigorant de PS You Rock My World (”I was at a funeral the day I realized I wanted to spend my life with you“). Et donc Vertigone de Venus.

La musique du Venus d’alors c’était un bijou finement ciselé de lignes vocales parfois un peu brisées de mélancolie parfois emportées, tendues, déclamatoires pour se porter à l’unisson de la musique, de la tension dramatique quand les violons s’envolent, quand le piano vire baroque. La musique de Venus c’était une perle à la forme un peu irrégulière, dans un écrin de piano électrique, d’orgues et autres instruments plus étranges, dont la fameuse scie musicale de Pal. A. Jenkins de Black Heart Procession.

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Un bijou que j’aurais mal vu se découvrir dans le contexte d’un Paris Plage, mais depuis il y a eu The Red Room, dernier album en date, qui a electrifié Venus. Fini les guitares acoustiques, Marc Huyghens joue essentiellement désormais sur une très jolie Telecaster noire, et si elle n’est pas assez agressive (et une telecaster c’est pas specialement réputé pour le velours), c’est avec un couteau qu’il attaque ces notes. Pierre Jacqmin quand il lâche sa contrebasse pour une basse Explorer n’en finit pas d’aligner les poses, le plus souvent la bouche grand ouverte tellement il a l’air de prendre son pied. Et ca le fait parce que le monsieur est très classe dans son costume rouge.

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Tout comme Christian au violon et la guitare qui lui a opté pour une sorte de redingote. Un festival en plein air en bord de scène c’est généralement pas terrible pour avoir un bon son. Mais il sortait de l’ampli de Christian une son de distorsion absolument énorme, rien à avoir une distorsion de métalleux, quelque chose d’a la fois rugueux et crémeux, très roots, *le* son de The Red Room en fait mais en mieux car il peut prendre une ampleur qu’on ne retrouve pas sur disque à moins de se mettre le baffle contre l’oreille.

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Et donc malgré un temps d’adaptation au contexte assez long , on rentre à nouveau dans l’univers de Venus, on se laisse porter par la musique, guidé par un maitre de cérémonie qui s’est mis à la mesure du défi. On le retrouve un peu moins derrière la guitare mais du coup il occupe beaucoup plus la scène et quand la musique s’y prête se lâche vraiment, comme dans le final avec les cymbales (cf première photo). Alors avec en plus l’aide d’un public très chaud (en fait je dirais un public chaud et deux gros fans de Venus bouillants qui gueulaient plus que tout le monde), on a vite oublié qu’on était coincé sur un petit bout de quai de seine.

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On aura quand même un regret, malgré les deux rappels, malgré In the port of Amsterdam (qui n’est pas une chanson de Johnny comme ils nous le rappellent), malgré toute l’énergie déployée dans un contexte presque antithétique par rapport à l’univers du groupe. C’est que les morceaux de Vertigone n’aient toujours pas trouvé d’arrangements sans clavier capable de rendre toute leur beauté. Kallenovsky ce coup-ci part sur un arpège à la dream on (chanson culte du vieux aerosmith, quand ils faisaient encore de la bonne musique) mais on n’arrive au sublime que parce qu’on a dans la tête la version d’origine et qu’on rajoute ce qui manque…

Ceux qui racontaient leurs fugues au format 33t (mais avec un CD)

Enregistré dans : en mouvement — micky à 0:26, le Jeudi 3 août 2006

Rarement projet aura aussi bien été à sa place dans notre rubrique “mouvement” que Fugues.

Mouvement… Pourquoi mouvement? Je pensais à Nick Drake, “And the movement in your brain sends you out in the rain” (Things behind the sun). On pensait au cinéma, un film, a movie, un mouvement à 25 images/seconde. On pensait à ces élans qu’on ne peut réfréner, action-réaction immédiate, brutale, irréfléchie, séminale. La pulsion vitale. pour les grecs, la vie se définissait par le mouvement.

Mais quel est donc le rapport avec Fugues?

Fugues c’est un ouvrage complètement atypique et qui pourtant semblera bien familier aux lecteurs du cargo, à ceux qui aiment et suivent la musique indépendante.

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Fugues c’est un collectif, mais je dirais plutôt des complices, réunis autour de Jérôme Olivier qui signe une bonne partie des textes tandis que la plupart des photos sont de quelqu’un là encore assez familier du Cargo : Nicolas Cuissard dont vous pouvez retrouver les travaux sur le camembert magique.

Fugues est à l’image de la musique qu’ils aiment, pas évident, pas droit, pas simple mais touchant, riche à donner parfois le vertige des mots comme le texte d’introduction de Philippe Pigeard de Tanger, parfois long à digérer, parfois limpide quand les mots de Coleen à coeur ouvert vous raconte la musique, sa musique, sur le fil du RER A. Des fois drôle et inattendu quand Philip Bückle (Mr Teamforest) vous parle de Final Fantasy avec une admiration qui semble sans borne dans un texte illuminé par l’humour de son auteur et une sorte de tendresse que l’on sent en filigrane pour Owen Pallett. Citons aussi les mots justes, la réalité sincère et un peu crue de Glen A Johson qui évoque lui la musique et son histoire personnelle comme un mouvement au sens propre, de déménagements en aménagements. Ce sont ces textes qui donnent le plus envie de découvrir les artistes dont parlent Fugues et c’est même une double réussite quand on a aussi envie de découvrir l’artiste qui parle de l’artiste.

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Et c’est ce jeu de miroirs qui fait la subtilité et la difficulté dans fugues : les textes des musiciens qui parsèment l’ouvrage semblent simples dans ce qu’ils nous révèlent sur eux et les autres selon eux, comme si la musique avait le pouvoir de libérer, d’apaiser le verbe chez certains. A contrario, les (non) chroniques imposent un format rigide alors que le contenu lui est subtil : Les auteurs de Fugues au premier niveau de lecture ne vous diront pas qu’un disque est du slowcore ou de l’electro-folk. Ils vous racontent des animaux étranges, font coincider des endroits et des sensations théoriquement disjointes. C’est la collision des mots dans un accélérateur de particules, où l’on cherche la sensation brute, les impressions, les sensations. Un prisme déformant qui révèle d’abord les auteurs et leurs urgences. Ce n’est qu’en lisant le tout, en s’imprégnant de la personnalité de celui qui écrit, que l’on décode le prisme et qu’on peut revenir en arrière et (re)découvrir l’artiste au travers. Fugues ne vous racontera pas The Red Room de Venus, il vous le montrera (sous) un autre jour.

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Cette façon d’écrire sans décrire est certes un peu moins présente passé les premiers disques mais elle me fait dire que Fugues n’est pas un objet pour le profane, il faut déjà posséder certaines clés, avoir certaines affinités pour en profiter pleinement mais l’objet, le concept, la qualité des textes comme la beauté des images, la sélection des artistes en font un ovni dans le paysage indé français qu’il serait dommage d’ignorer. Leur prise de risque devrait être récompensée pour leur donner envie d’aller encore plus loin.
La sortie est prévue pour le 11 août 2006 mais Fugues sera présent en avant-première à la route du rock. Cependant pour que le projet aille jusqu’au bout, ils ont besoin de votre soutien : vous pouvez pré-commander Fugues (livret 34 pages + CD) pour 8 euros sur le site officiel.

Les très belles images qui illustrent cet article sont de Nicolas Cuissard. Retrouvez en encore plus dans Fugues et sur son site.

the 3 o’clock sandwich#1

Enregistré dans : en mouvement — micky à 3:31, le Mercredi 2 août 2006

je me suis réveillé sur du verre. ou plutôt dans mon verre. en fait un peu à l’envers. dix minutes plus tôt il était 23h je regardais le JT de LCI et j’allais faire à écrire et manger un texte pour cargo. dix minutes plus tard il est 3h et je suis à l’envers, à côté du verre. cassé. le son de la télé qui joue toujours. et quand on est à l’envers, entouré de verre, on ne se lève pas pour la couper, pour se faire couper, on se laisse écouter. la météo. fera chaud dans le sud et moins ailleurs.

Et soudain Boulogne-sur-mer est arrachée du néant et devient un endroit. topologie. toponymie. anonymat. audimat. Franck Riberi a réussi à faire de Boulogne-sur-mer un endroit qui existe sur la carte de la météo, au même titre que Paris, Lyon ou Marseille. C’est pas rien, la carte de la météo c’est un truc hautement VIP quand on est une ville et c’est pas un pot de vin, un futuroscope ou un miracle qui y ouvre l’accès. Le foot c’est mieux.

Et la télé c’est bien, ca nous apprend des mots, des endroits, qui représentent de choses qui existent, qui se passent. Y a un mois boulogne-sur-mer pour moi c’était le trou du cul du monde, une abstraction, de l’humour. Et par la sacro-sainte actualité voilà que la télé a mangé Boulogne-sur-mer, l’a mastiquée et recrachée comme un mot connu et familier, comme quelque chose qui fait partie du monde et auquel on va devoir s’habituer.

Il y a un an je ne savais honnêtement pas que Tsahal était le nom de l’armée Isralienne. maintenant cela semble d’une évidence telle que le journaliste ne précise même plus le sens du terme.

Il y a des mots auquel on ne devrait pas s’habituer, des choses trop obscènes pour qu’elles nous deviennent familières, normales. des mots qui ne devraient jamais devenir le quotidien, le banal. Des mots qu’on devrait avoir besoin d’expliquer. Des mots qui devraient moins exister.

Et la télé tourne toujours et m’apprend que Franck Riberi restera à l’OM.

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