le blog collectif des rédacteurs du cargo!

vers une journée particulière?

Enregistré dans : en mouvement — terant à 8:28, le Lundi 20 mars 2006

Et les machines se taisent peu à peu.
Dans le cortège, aussi, ces relents de silence.
Ici le manifestant ne manifeste pas.
Ici, le manifestant est institutionnel et se compte.
Il se propage comme un satisfecit.
Et ce silence toujours.
Aucune proposition alternative. Comme un soubresaut avant le crépuscule.
Ici, le point de rassemblement est toujours situé devant la Maison de la Culture. Les ouvriers n’y rentrent jamais. On marche et j’en dénombre très peu. Les lycéens n’y pénètrent que forcés. Et ils ne sont pas là non plus. Le silence avance. Le goût est suspect.

Ici, dans 6 semaines, la parenthèse curative qui lave l’opprobre de bruits et d’odeurs.

La vie manque ici.
Ici, Bourges, à vous Paris.

« Moi ji été pa »

Enregistré dans : en musique — gab à 14:28, le Vendredi 17 mars 2006

Minitel

Pour tous ceux qui n’y étaient pas … plus encore pour ceux qui y étaient et à qui on fait régulièrement remarquer qu’ils y étaient un peu trop … pour ceux pour qui une phrase telle que « moi ji été pa mai je vai à celui du 25 [..] jai ate^^ »* semble aussi exotique qu’effrayante … voici en ce jour d’hui la note inutile. Un post dans la plus pure tradition du c’était-mieux-avant chère aux vieux et aux schnocks, voire à ceux qui, tels votre serviteur, cumulent allègrement les deux.

On me faisait récemment remarquer avec tact et délicatesse que l’expression « 36 15 ma vie » que je venais d’employer pour raconter un événement d’un intérêt capital était aussi périmée que le minitel lui-même et que, bien que ce soit dur à accepter pour les gens de ma génération, on disait dorénavant « www.mavie.com ». Soit (swate … je traduis pour ceux qui ni été pa). Pris en flagrant délit de décrépitude avancée, je m’incline, je m’avoue vaincu et j’assume. Mais il faut nous comprendre aussi, nous autres décalés de la vie. A notre époque les choses étaient autrement plus compliquées qu’aujourd’hui (cété mieu avan). Pour vous donner une idée de l’énergie à dépenser pour arriver au même résultat qu’aujourd’hui, prenons l’exemple simple mais évocateur du monde impitoyable de la musique. Ne vous inquiétez pas, on va laisser de côté les joies de la virtualisation de la musique, trop facile ; on va aussi éviter de s’approcher trop près de la sarkotisation auditive avec ses drm barbelés et son espionnage last.fmien (plus insidieux celui-ci je vous l’accorde). Non, pour faire un joli 3615.mavie.com, prenons des p’tits gus’ et leurs quelques compos et demandons leur ce qu’ils comptent en faire comme ça pour voir.

Alors à une époque pas si lointaine (faut pas exagérer), si vous y étiez (si ti été), vous commenciez par enregistrer vos démos sur des cassettes audio que vous envoyiez ensuite à des maisons de disques ciblées et aux noms évocateurs (Lithium par exemple). Après vous preniez vos téléphones fixes, vous rigoliez encore à l’époque de la copine qui avait embarqué le combiné sans fil de la maison pour appeler de son cours pour qu’on vienne la chercher sans savoir qu’elle était en fait complètement visionnaire … vous rigolez moins maintenant vieux croûton, vos téléphones fixes, disais-je, pour les harceler pendant des semaines, d’abord pour qu’ils écoutent la chose et ensuite pour s’entendre répondre « mais pourquoi tu chantes en anglais ? » (fait divers particulièrement cocasse dans le cas de Lithium puisqu’ils venaient de sortir l’album d’Emma et dieu sait que s’il y a bien un groupe français qui chante en anglais c’est bien celui-là … le drame d’une vie … bref**). A l’époque, si vous y étiez (si ti été), vous montiez votre fanzine papier tiré à 50 exemplaires et le distribuiez à la sortie du RU sous la pluie. Hallucinant.

De nos jours, c’est trop facile (cété mieu avan), tu télécharges un logiciel cracké sur ton ordinateur rutilant, t’enregistres tes braillements et tu piques tes sons à droite à gauche, tu te créés un « myspace » sur internet pour te faire connaître, t’inondes les webzines de mp3s (lesquels opèrent bien au chaud dans leur salon en regardant Julie Lescaut) et de mails de rappel et t’es même pas content quand tu te prends une critique un peu réaliste. P’tit branleur va ! … Comment ? Les maisons de disques te demandent toujours pourquoi tu chantes en anglais ? Peut-être mais Lithium a coulé … bien fait … ***

Le narrateur.Tascam

* Pour celui à la ramasse qui écrit ces lignes à l’ancienne sur un papier avec un stylo, si quelqu’un avait l’amabilité de fournir une petite explication de texte sur les « ^^ » du « jai ate^^ », il serait fort aimable.

** Scoop : si vous en doutiez encore, je confirme, le critique musical n’est qu’un musicien frustré, défoulant son écoeurement de la vie sur d’innocentes victimes musiciennes, vous, futurs critiques aussi … bienvenue dans la famille …

*** L’auteur tient à se dégager de la responsabilité des propos odieux tenus par son narrateur acariâtre. En tant que fervent admirateur des groupes Lithiens de l’époque, il dénonce même de tels divagations et s’empresse de donner son cachet à papy. De toutes façons c’est pas bon pour son cœur tout ça …

“nous n’aurons que ce que nous saurons prendre”

Enregistré dans : en images, en mouvement — vinciane à 18:40, le Lundi 13 mars 2006

l’appel des barricades sûrement.

j’y suis retournée. pour voir. pour en avoir le coeur net. pour sentir la vraie mobilisation ou son absence. pour ne pas me laisser berner par l’anxiogénisation (et tant pis si ça n’existe pas) des grands médias.

direction le quartier latin. place de la sorbonne, où il se tramait bien quelque chose lundi après-midi. sur la place, plusieurs centaines d’étudiants calmes à l’air un peu grave, en tous les cas sûrement plus que mardi dernier. et de l’autre côté des barrières, sur la place des grands hommes, ou plutôt de braves crs, sûrement un peu trop nombreux, sûrement un peu trop prêts à charger, à brandir matraques et boucliers. un peu trop pour que le calme de la place soit totalement apaisé.

un peu tendu, de plus en plus même. une banderole se prépare, on m’interdit de la prendre en photo. je me sens prise entre l’absurdité du surnombre de crs face à une masse visiblement des plus pacifistes et ce refus de laisser prendre une banderole en photo. il y a quelque chose qui ne colle pas. et petit à petit la crispation monte. là, les organisateurs déplacent les manifestants au milieu du boulevard st michel au long duquel un cordon de crs forme une haie d’honneur démesurée. la place de la sorbonne se vide sous les derniers appels des meneurs à une manifestation calme, sans heurt et sans bris, laissant juste les rangs de crs vainqueurs.

en remontant le boulevard st michel j’observe, amusée, le manège des crs attendant le cortège. au moment où celui-ci arrive à ma hauteur (tout au plus un millier de manifestants), je comprends mon erreur de jugement. la tête de cortège exsude hargne et dureté. les manifestants dissimulent leur visage et ne laissent aucun doute sur leurs intentions bien moins pacifiques que le rassemblement d’étudiants qui suit.

au carrefour de la rue soufflot, les deux branches se scindent. je quitte la manifestation à cet endroit, espérant traverser le luxembourg, où je trouve finalement porte close: drôle de tableau que ces promeneurs coincés à l’intérieur et moi en rade sur le trottoir. pourquoi fermer le luxembourg aux manifs ? qu’y a-t-il de plus précieux à sauvegarder là que dans les rues ? ont-ils peur que les jeunes déracinent des arbres ? piétinent les cailloux poussiéreux ? certaines choses m’échappent… difficile d’avoir une conclusion sur tout cela. beaucoup de choses étaient bien sensibles aujourd’hui, mille fois plus sincères et plus humbles que la semaine dernière. il est temps de prendre conscience.

Twee Pop

Enregistré dans : en musique — yves à 14:57, le Dimanche 12 mars 2006

Mettre les artistes dans des cases, on a toujours adoré ça. Pour mieux se récrier ensuite devant les appellations absurdes et catégorisations extrêmes de ses groupes préférés.

“T’es fou, Sigur Ros c’est pas du post-rock, tu pues.”

“Nine Inch Nails? Du metal prog à tendance electro-indus, je dirais.”

Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il est clairement de bon ton de mépriser cela, en tout cas chez les plus passionnés. Mais moi, j’adore classer par sous-genre. Je suis pragmatique.

  • D’une, ça me permet de faire des dossiers dans mes fichiers d’échange sousleek. Ce serait bien le bazar sinon, merde quoi.
  • De deux, on peut mettre tout et n’importe quoi dans un sous-genre, c’est assez pratique.
  • Enfin, ça me permet de briller en société, comme en témoigne le dialogue qui suit, inspiré de faits réels:

“Ho mais qu’écoutes-tu donc comme musique dans la vie?”

- En ce moment j’écoute du math rock.

- Ah…. (hésitation) Ah heu ouais, ouais, super, j’adore aussi. (hochements de tête presque convaincants).

Sonnez tambours et trompettes, le petit monde branchouille de la musique indie a accouché d’un nouveau sous-genre: la twee-pop. Vous savez, tous ces groupes un peu enfantins, un peu bancals et mignons à qui on pardonne les imperfections pour leur caractère déluré et innovant. Ces groupes qui empilent les instruments comme des cartes à jouer, qui ont une prédilection pour les pochettes multicolores et les paroles absurdes. Comment ça vaine, ma description?
Bref j’en écoute à balle ces mois-derniers. Je vous fais donc part de mon petit Panthéon personnel:
Of Montreal - Satanic Panic In The Attic

Of Montreal - Satanic Panic In The Attic

P:ano - Brigadoon
P:ano - Brigadoon

The Unicorns - Who Will Cut Our Hair When We’re Gone?


Islands - Return To The Sea

Architecture In Helsinki - Fingers Crossed


The Fiery Furnaces - Blueberry Boat

J’écrirai un petit article pour chacun d’entre eux dans des posts spécifiques dans les semaines à venir.

Bisouxxxx

paris, 070306

Enregistré dans : en images, en mouvement — vinciane à 19:53, le Mardi 7 mars 2006

dans 20 minutes, le 20H. je me demande bien à quelle sauce ils vont être mangés les petits étudiants… je me demande combien ils ont été à manifester. trop peu de toute façon. je n’ai volontairement pas encore cherché à avoir d’infos sur le déroulement de cette manif. pour avoir le temps de faire le tri moi-même.
je me demande s’ils vont nous la servir “les jeunes en colère”

parce que vraiment, c’est loin d’avoir été ça.
je me demande encore comment j’ai pu prendre cette photo. cette photo qui est la tarte à la crème de toutes les manifs. qui est celle qui doit être prise. les étudiants qui revendiquent, qui montrent leur colère. ah bon ? il y avait ça cet après-midi ? faudra me dire où… à part par hasard dans ma compact flash.
je me demande s’ils vont nous sortir la litanie de la solidarité

parce que vraiment, à part la solidarité des cordons de sécurité pour “protéger” les journalistes et photographes il ne me semble pas en avoir vu dans ce cortège tout désorganisé. ah si peut-être dans les rangs des vieux de la vieille. de ceux qui sont toujours de la partie. des cgtistes, des “ac”istes, des militants. de ceux qui en ont connu d’autres et qui ont dû se dire que la jeunesse était bien en mal de convictions.

parce qu’au mieux j’ai réussi à entrevoir quelques inquiétudes

mais surtout beaucoup d’inaction. d’inertie peut-être même.

à part sauf peut-être pour amuser les caméras…

il semblait y avoir du monde. je n’ai vu qu’une nuée de photographes se ruant sur la première bouche ouverte et qui n’avait pas trop l’air de sourire (la denrée était rare, croyez moi)…

le cpe ? ah bon c’était contre ça la manif ?… eh oh, les jeunes, vous étiez où ? ça ne vous remue pas les tripes de voir ce qu’on vous prépare ?

il est 20h, je m’en vais voir la grand messe et la marée de jeunes en colère…

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